Revenu blessé de la guerre de Sécession, Dan Evans a établi sa famille dans un ranch. La sécheresse a ravagé ses terres, décimé son troupeau et miné la considération que lui portent sa femme et ses enfants, en particulier son aîné Will, âgé de 14 ans. A la suite d'une attaque de diligence, le célèbre bandit Ben Wade passe par la ville de Bisbee où il est arrêté avec le concours fortuit de Evans. Recherché pour ses hold-up et ses meurtres répétés, Wade doit être convoyé vers Contention, à trois jours de cheval, pour embarquer sur un train à destination de Yuma, où se trouve le tribunal fédéral. Contre une prime qui peut sauver son ranch, Dan Evans s'engage dans l'escorte qui doit accompagner le dangereux criminel. Il est bientôt rejoint par son fils Will, fasciné par l'aura du tueur.
Tandis que son gang organise son évasion, Wade engage sur le chemin de Contention un bras de fer psychologique avec ses gardiens, usant à la fois de la peur qu'il leur inspire et de la séduction qu'il exerce sur eux...
Les westerns modernes sont en général pitoyables par rapport à l'âge d'or du western des années 50-60. Mais 3h10 pour Yuma semble avoir échappé à cette règle: beau, sensible et original, Mangold signe ici l'un des westerns les plus réussis de ces 30 dernières années.
Il s'agit, certes, d'un remake du film de Delmer Daves, portant le même nom, sorti en 1957. Mais, même si la trame originale est conservée, le film est différent et presque plus réussi que l'ancien.
Mangold a ainsi réalisé un petit bijou du genre western, en conservant toutes les règles du genre: contre-plongées, gros plans sur les regards et les visages des protagonistes; paysages magnifiques, des scènes de combats réalistes... Tous les ingrédients du western traditionnel sont réunis. Mais il faut ajouter à cela la performance des acteurs, et surtout, celle de Crowe. En effet, celui-ci interprète l'un des méchants du cinéma les plus durs à jouer: raffiné, sans scrupules, séducteur, ambiguë... Crowe donne une dimension très sensible et séduisante à son personnage, nous citant la Bible tout au long du périple vers Convention; choisissant bien évidemment les passages qui servent ses actes. On pourrait alors qualifier son personnage de Hannibal Lecter des westerns. Les manières raffinées de Crowe n'étant pas sans rappeler celles d'Hopkins dans le Silence des Agneaux; avec un flingue en plus.
Un western certes, mais un western émouvant; tantôt drôle, tantôt triste; doté de dialogues savoureux et plutôt cyniques: un délice.
3h10 pour Yuma est un petit bijou, combat psychologique entre deux anti-héros: l'un trop bon et l'autre trop mauvais. Filmé à la manière d'un huis-clos en pleine chaîne de montagne, ce drame est touchant et troublant. Une belle leçon de courage et de cinéma; qui prouve que même aujourd'hui, certains réalisateurs peuvent encore nous surprendre en réalisant de bons westerns.
Note: 15/20




