3h10 pour Yuma

3h10 pour Yuma
Film de James Mangold, avec Christian Bale, Russell Crowe et Peter Fonda, 2007.

Revenu blessé de la guerre de Sécession, Dan Evans a établi sa famille dans un ranch. La sécheresse a ravagé ses terres, décimé son troupeau et miné la considération que lui portent sa femme et ses enfants, en particulier son aîné Will, âgé de 14 ans. A la suite d'une attaque de diligence, le célèbre bandit Ben Wade passe par la ville de Bisbee où il est arrêté avec le concours fortuit de Evans. Recherché pour ses hold-up et ses meurtres répétés, Wade doit être convoyé vers Contention, à trois jours de cheval, pour embarquer sur un train à destination de Yuma, où se trouve le tribunal fédéral. Contre une prime qui peut sauver son ranch, Dan Evans s'engage dans l'escorte qui doit accompagner le dangereux criminel. Il est bientôt rejoint par son fils Will, fasciné par l'aura du tueur.
Tandis que son gang organise son évasion, Wade engage sur le chemin de Contention un bras de fer psychologique avec ses gardiens, usant à la fois de la peur qu'il leur inspire et de la séduction qu'il exerce sur eux...



Les westerns modernes sont en général pitoyables par rapport à l'âge d'or du western des années 50-60. Mais 3h10 pour Yuma semble avoir échappé à cette règle: beau, sensible et original, Mangold signe ici l'un des westerns les plus réussis de ces 30 dernières années.
Il s'agit, certes, d'un remake du film de Delmer Daves, portant le même nom, sorti en 1957. Mais, même si la trame originale est conservée, le film est différent et presque plus réussi que l'ancien.
Mangold a ainsi réalisé un petit bijou du genre western, en conservant toutes les règles du genre: contre-plongées, gros plans sur les regards et les visages des protagonistes; paysages magnifiques, des scènes de combats réalistes... Tous les ingrédients du western traditionnel sont réunis. Mais il faut ajouter à cela la performance des acteurs, et surtout, celle de Crowe. En effet, celui-ci interprète l'un des méchants du cinéma les plus durs à jouer: raffiné, sans scrupules, séducteur, ambiguë... Crowe donne une dimension très sensible et séduisante à son personnage, nous citant la Bible tout au long du périple vers Convention; choisissant bien évidemment les passages qui servent ses actes. On pourrait alors qualifier son personnage de Hannibal Lecter des westerns. Les manières raffinées de Crowe n'étant pas sans rappeler celles d'Hopkins dans le Silence des Agneaux; avec un flingue en plus.
Un western certes, mais un western émouvant; tantôt drôle, tantôt triste; doté de dialogues savoureux et plutôt cyniques: un délice.

3h10 pour Yuma est un petit bijou, combat psychologique entre deux anti-héros: l'un trop bon et l'autre trop mauvais. Filmé à la manière d'un huis-clos en pleine chaîne de montagne, ce drame est touchant et troublant. Une belle leçon de courage et de cinéma; qui prouve que même aujourd'hui, certains réalisateurs peuvent encore nous surprendre en réalisant de bons westerns.

Note: 15/20
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# Posted on Thursday, 25 December 2008 at 9:55 AM

Vicky Cristina Barcelona

Vicky Cristina Barcelona
Film de Woody Allen, avec Scarlett Johansson, Rebecca Hall et Javier Bardem, 2008.

Vicky et Cristina sont d'excellentes amies, avec des visions diamétralement opposées de l'amour : la première est une femme de raison, fiancée à un jeune homme respectable ; la seconde, une créature d'instincts, dénuée d'inhibitions et perpétuellement à la recherche de nouvelles expériences sexuelles et passionnelles.
Lorsque Judy et Mark, deux lointains parents de Vicky, offrent de les accueillir pour l'été à Barcelone, les deux amies acceptent avec joie : Vicky pour y consacrer les derniers mois de son célibat à la poursuite d'un master ; Cristina pour goûter un changement de décor et surmonter le traumatisme de sa dernière rupture.
Un soir, dans une galerie d'art, Cristina "flashe" pour le peintre Juan Antonio, bel homme à la sensualité provocante. Son intérêt redouble lorsque Judy lui murmure que Juan Antonio entretient une relation si orageuse avec son ex-femme, Maria Elena, qu'ils ont failli s'entre-tuer.
Plus tard, au restaurant, Juan Antonio aborde Vicky et Cristina avec une proposition des plus directes : s'envoler avec lui pour Oviedo, consacrer le week-end à explorer les beautés de la ville, à boire du bon vin et à faire l'amour. Vicky est horrifiée ; Cristina, ravie, la persuade de tenter l'aventure...



Dernier Allen en date, Vicky Cristina Barcelona prouve que Woody a renoué avec son style d'antan, à savoir la comédie. Légère et surréaliste, cette fresque moderne des femmes et de leurs passions donne des frissons.
Allen avait déjà filmé les femmes mais pas de cette manière là. Il leur consacre un film; une histoire. Toutes plus différentes les unes que les autres, elles défilent tour à tour dans la vie d'un séducteur espagnol interprété par un Bardem plein de fougue et de séduction.
Ces femmes justement, parlons-en. On savait déjà que Johansson était la nouvelle muse d'Allen depuis Match Point, mais on ignorait le gout d'Allen pour les femmes. Il mêle ici différentes actrices; les confronte, les compare: un plaisir.
Mais si l'une est trop rationnelle et sage, une autre est trop volage, une autre trop nymphomane et une autre complètement folle; elles sont toutes TROP. Trop quoi? Caricaturales. Amusantes et surprenantes au début, elles deviennent bien vite insupportables et lassantes. Elles sont, à l'image du film, sans surprise. Cruz tente néanmoins d'agiter le tout en apparaissant en ex-femme complètement dérangée, mais elle ne parvient, au final, qu'à couler un peu plus le scénario, à engluer le film, et à agacer le public.

Allen signe donc une comédie romanesque et originale, trop sans doute; puisque le spectateur reste sur sa fin. Le scénario, fort agréable et surprenant au début, s'essouffle à mi chemin, pour ne laisser au final que le souvenir d'un film absurde, comique, mais quelque peu inutile. Vicky Cristina Barcelona n'est autre que le voyage d'initiation de deux jeunes femmes à l'amour; qui les mène à leur perte, le public avec... La fraicheur et l'humour des anciens Allen semblent l'avoir quitté.

Note: 11/20
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# Posted on Thursday, 25 December 2008 at 12:17 PM

Burn after Reading

Burn after Reading
Film des frères Coen, avec John Malkovich, George Clooney, Brad Pitt et Frances McDormand, 2008.


Osborne Cox, analyste à la CIA, est convoqué à une réunion ultrasecrète au quartier général de l'Agence à Arlington, en Virginie. Malheureusement pour lui, il découvre rapidement l'objectif de cette réunion : il est renvoyé. Cox ne prend pas très bien la nouvelle. Il rentre chez lui à Georgetown pour écrire ses mémoires et noyer ses ennuis dans l'alcool - pas nécessairement dans cet ordre. Sa femme, Katie, est consternée, mais pas vraiment surprise. Elle a une liaison avec Harry Pfarrer, un marshal fédéral marié pour qui elle décide alors de quitter Cox.
Quelque part dans une banlieue de Washington, à des années-lumière de là, Linda Litzke, employée au club de remise en forme Hardbodies Fitness, a du mal à se concentrer sur son travail. La seule chose qui l'intéresse, c'est l'opération de chirurgie esthétique d'ampleur qu'elle désire subir. Elle compte sur son collègue, Chad Feldheimer, pour faire son boulot à sa place. Linda est à peine consciente que le directeur de la salle de sport, Ted Treffon, est fou d'elle, même si elle rencontre d'autres hommes via Internet.
Lorsqu'un CD contenant des informations destinées au livre de Cox tombe accidentellement entre les mains de Linda et Chad, tous deux décident de tirer parti de cette aubaine. Alors que Ted se fait du souci, persuadé que "rien de bon ne sortira de tout ça", les événements se précipitent et échappent bientôt à tout contrôle, occasionnant une série de rencontres aussi dangereuses qu'hilarantes...



Dernier Coen en date, Burn after Reading perpétue la tradition familiale du film loufoque, désordonné, hilarant, conservant tout de même une part de tragique et de sérieux.
En effet, l'histoire est ici abracadabrante: des personnages de tout horizon vont être confrontés et amenés à se côtoyer à cause d'un malencontreux disque égaré, contenant des informations sur la CIA, qui s'avèreront au final, inintéressantes.
La force du film réside dans cette brochette de caricatures, comprenant un club de body-building dont les membres sont aveuglés par l'argent, un ancien membre viré de la CIA qui cherche à se venger de sa femme, et un flic qui n'a jamais tiré de sa vie et qui cherche désespérément un moyen de neutraliser sa femme et sa maîtresse. Mais ils ont tous un point commun: ils connaissent tous l'existence d'un disque, qui en mènera certains à leur perte, d'autres, à la gloire. Ils sont également pour la plupart fans de sexe et organisent régulièrement des rencontre dans un parque avec des gens rencontrés sur Internet.
Peinture d'une société mal en point: Burn After Reading s'attaque aux clichés de l'époque d'après Guerre Froide, où, comme montré dans le film, tout est bon pour tenter continuellement d'attiser les braises du conflit, terminé trop brutalement. Ces informations semblent donc être une aubaine pour l'ambassade Russe d'acquérir des informations sur la CIA. De même celle-ci reste en permanence sur ses gardes, infiltrant des hommes dans l'ambassade russe.
Selon les frères Coen, les bureaux de la CIA ne seraient autres qu'une longue enfilade de couloirs vierges, où les dossiers sautent d'un bureau à l'autre, allant de plus en plus haut dans la hiérarchie, pour finalement chuter dans les mains d'un patron, inutile et imbécile, interprété à l'occasion par un J.K. Simmons (rappelez-vous du rédacteur en chef du journal où travaille Peter Parker dans la série des Spiderman) toujours aussi juste en patron en tout genre. Bref: la paperasserie est inutile, tout comme l'aura été, au final, les mesures d'espionnages prises par la CIA pour comprendre quels sont les enjeux de ce disque.
Mais le film reste tout de même malencontreusement quelque peu brouillon, même s'il est accrocheur et palpitant. La réalisation est quasiment parfaite, les plans superbes. Certains plans d'ailleurs, ne sont pas sans rappeler ceux de Fargo et O'Brother avec leur ellipses incessantes et les panoramas larges.

Burn After Readin est un petit imbroglio cinématographique
, qui donne du fil à retordre aux protagonistes tout comme aux spectateurs, juste et comique, cette comédie est à déguster.
Les frères Coen continuent leur série de sans fautes cinématographiques, pour notre plus grand plaisir.


Note: 14.5/20

# Posted on Sunday, 28 December 2008 at 1:29 PM

Edited on Sunday, 28 December 2008 at 1:47 PM

L'Associé du Diable

L'Associé du Diable
Film de Taylor Hackford, avec Keanu Reeves, Al Pacino et Charlize Theron, 1998.


Kevin Lomax, jeune et brillant avocat de Floride, va perdre ses illusions quand un grand cabinet de New York va l'approcher et lui confier des affaires. Le patron, Milton, s'intéresse à lui et lui confie les plus gros dossiers.


Revisite de Goethe et Marlowe
,l'Associé du Diable raconte une version contemporaine du mythe du docteur Faust, qui aurait vendu son âme au diable en échange du savoir et de la connaissance absolu, mais également du pouvoir. A première vue, le synopsis est tout autre; histoire d'un jeune avocat fort talentueux n'ayant jamais perdu une seule affaire, ce jeune naïf se retrouve bien vite obligé de choisir entre sa famille et son travail.
La ressemblance avec le drame de Marlowe devient flagrante; ce jeune homme, tiraillé entre sa femme et son travail se voit obligé de faire un choix, qui lui sera ou non fatal. Reste à savoir lequel il prendra...
Car même si la grande majorité du film ne traite qu'une seule possibilité, la fin, forte inattendue, révèle un deuxième scénario, différent. L'un raconte la descente aux enfers d'Orphée, l'autre, la possibilité d'un rédemption. Même si, au final, Lomax est rattrapé par son amour propre et sa vanité. Parlons de vanité, car si le film doit être doté d'une quelconque fin philosophique, il s'agira de vanité, ou plutôt de la tentation naturelle de l'homme au péché et donc, au mal. De quoi faire frémir les plus grands philosophes tels Rousseau et Kant. Mais le spectateur reste quant à lui fort déçu de la vanité du réalisateur à essayer de nous faire gober ses théories philosophiques sur la religion et la nature humaine.
Quelque peu surfait et trop prétentieux, le film sombre dans des discours enflammés sur l'homme et sa condition. Tout avait pourtant bien démarré: on se doutait que ce jeune premier en matière de droit était aidé par un quelconque force divine, mais même si Reeves, plutôt convainquant tente de sauver le film du chaos, le scénario s'essouffle, et nous laisse interloqué.
Hackford se fait l'avocat du diable en défendant une thèse absurde.
A la manière de son héros, acculé par le diable et forcé de rester enfermé en Enfer, à cause de sa vanité, le film reste enfermé dans un scénario laborieux et trop compliqué.

L'Associé du diable est une revisite du mythe Faustien, s'accordant quelques penchants vers le Docteur Jekyll et Mister Hyde de Stevensson, bref, un entre-deux laborieux et ennuyeux.


Note: 10/20
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# Posted on Monday, 29 December 2008 at 9:49 AM

Midnight Express

Midnight Express
Film d'Alan Parker, avec Brad Davis, Irene Miracle et Bo Hopkins, 1978.


Billy Hayes est arrêté à Istanbul pour avoir sur lui quelques grammes de hashisch. Condamné à perpétuité, il est enfermé dans des geôles d'une extrême inhumanité.


Véritable coup de point, Midnight Express fût l'un des premiers films à s'attaquer au caractère inhumain de certaines prisons du monde, en s'attaquant ici aux prisons turques. Très violent psychologiquement, ce film, tiré d'une histoire vraie est véritablement bouleversant.
Il s'agit en effet de l'histoire vraie d'un homme enfermé à perpétuité dans une prisons horrible et ne respectant aucun droit universel humain; pour cause de détention de drogue. La peine semble en effet dérisoire et ridicule face à ce maigre délit, Hayes n'ayant jamais eu d'antécédent judiciaire, et n'ayant jamais dealé par le passé. Mais la législation occidentale n'est pas la même en Orient.
Davis, décédé en 1991, a signé ici la performance de sa vie en interprétant cet homme d'abord stupéfait par sa capture, puis désireux de sortir et enfin, anéantit à l'idée de passer le restant de ses jours dans cette abomination.
La caractère horrible de sa condamnation est rendue cruel par le tribunal, où les juges ne comprennent pas l'anglais et parlent seulement turque, tandis que lui parle seulement anglais.
Le film s'attaque alors à la description des différents états d'âme humains, Hayes s'étant fait des compagnons d'infortune condamnés, comme lui, à des peines hyperboliques. De la folie, au désespoir, en passant par le désir et la résignation; le film montre crument le quotidien de ces hommes maltraités qui semblent avoir bien payé leur dû à la société.
De même que le père disant à son fils de ne pas désespérer, qu'il va le sortir d'ici; le spectateur finit par se faire une raison, comme quoi, Hayes, personnage plein de gentillesse et d'espoir, finira par devenir fou comme ses "collègues".
Midnight Express est donc certes une dénonciation des manières abusives d'incarcération dans certains pays, mais également un message d'espoir et de pitié pour ces pauvres hommes, pathétiques et détruits par leur peine. Magnifique.


Note: 17/20
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# Posted on Tuesday, 30 December 2008 at 7:40 AM